Née d’un concept révolutionnaire,
la maison Leitz a connu une croissance interne importante grâce à
la qualité de ses produits.
C’est à ce point vrai que plus
de 300 copies, majoritairement russes, mais aussi françaises (FOCA)
ont vu le jour.
Sa politique de marketing, tout parallaxe
au début - par opposition à la visée reflex, là
on vise à coté de l'objectif - et favorisant les “vrais”
photographes, adeptes de la “vraie” photo sans artifice, n’a pu résister
à la poussée des appareils reflex beaucoup moins chers et
d’un maniement plus assisté.
Ses tentatives de démocratisation,
au prix d’alliances avec d’autres fabricants, voire de fusions-acquisitions
et de délocalisations successives, n’ont pas permis d’atteindre
le grand public car peu lisibles, en particulier en terme de prix.
Son incursion dans le domaine numérique
reste tout autant nébuleuse, même si à l’achat ses
produits se rapprochent des 5 millions de pixels qui se vendent comme des
petits pains.
Mais, qui n’a pas eu en main un “M” ou
un “R8” ignore ce que silence et simplicité des réglages
de prise de vues signifient. La qualité de l’usinage, la précision
de la mécanique, le piqué des optiques restent dans le peloton
de tête mondial.
Un élitisme de la “Qualität”
Leica, il faut bien l’avouer, c’est d’abord
un culte certain de l’élitisme. Élitisme de l’argent, certes,
mais surtout élitisme de la qualité.
Promenez vous avec un appareil d’origine
japonaise, parfois très coûteux, et vous serez anonyme.
Faites de même avec un Leica, en
ayant la pudeur de masquer le logo, simple mais voyant, avec un ruban adhésif
et vous verrez des fans de toutes nationalités vous approcher avec
un sourire qui vous indique que vous appartenez à la confrérie
des Leica-dépendants.
J’ai pu ainsi, à Paris entre autres,
faire la connaissance de leicaistes du monde entier.
Parfois équipés de modèles
anciens, quasi collector mais ô combien performants, dont ils sont
très fiers, ils peuvent vous parler pendant des heures.
C’est toujours l’occasion de rencontres
inoubliables, qui se poursuivent par mels, où j’essaie d’expliquer
la France et les endroits à photographier hors des circuits touristiques
clés en mains.
A Rome, récemment, les policiers
en faction devant le Palais Présidentiel du Quirinal, après
avoir décrit des cercles concentriques, m’ont abordé pour
me parler de “la bella machina” et m’ont ensuite permis d’aller et venir
à ma guise pour les photographier. Moment unique …
Ce culte de l’élitisme trouve son
prolongement dans deux revues dont la diffusion est confidentielle et dont,
d’ailleurs, je n’ai jamais pu avoir un exemplaire sous les yeux.
Leica World (rien que ça) et Leica
World News, ont en effet succédé à Leicagrafie que
je dévorais chez mon “dealer” de 1976.
Ce culte de l’élitisme se retrouve
maintenant sur le web... Parfois de manière très “diaphragmée”,
comme ce site américain des possesseurs de Leica M, dont l’accès
est en partie réservé et payant. (http://www.leica-gallery.net)
Ce sens de l’excellence prend ses sources,
il y a près de 80 ans, à Wetzlar... |
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Wetzlar, 1849 : c’est là que
tout commence
1849 : c’est à Wetzlar que Carl
Kellner monte ses premiers instruments d’optique pour voir très
loin, mais aussi très près. A l’époque, il n’emploie
qu’une douzaine de personnes. La photographie ne sera découverte
que 33 ans après.
Après son décès prématuré,
Ernst Leitz I entre en scène et modernise l’entreprise (dont l’effectif
est passé à 120), en particulier au plan social. Mais ce
n’est que beaucoup plus tard que Ernst Leitz II décide de lancer
la pré-série de l’invention de Oskar Barnak.
1913 : Barnak présente son prototype
du premier LEitz CAmera.
Son idée est de limiter en taille
et en poids les “chambres de voyage” d’alors, et, mieux, de faire tenir
son appareil dans la poche, grâce à son objectif rentrant.
Contrairement à la légende,
ce n’est pas lui qui a inventé le film 35mm perforé, mais
Thomas Edison avec son Kinétoscope de 1893.
Par contre, on peut dire que le format
24x36 s’est imposé au monde entier à partir de ses travaux.
C’est tout naturellement que son nom est
donné à la rue où migre Leitz à Solms, non
loin de Wetzlar. C’est aussi son nom que porte le Prix de photographie
Leica.
1925 : la pré-série est dévoilée
lors de l’exposition de Leipzig. Les 30 premiers exemplaires du Leica 0
ont été fabriqués à la main. Laiton, cuir et
tuti quanti. Suivront des variantes techniques, du modèle I au III,
portant en particulier sur des objectifs interchangeables et le télémètre
incorporé.
L’aspect extérieur évolue
peu. Mais chez Leitz on ne change pas ce qui marche.
Du M3 au M4, au rythme infernal d’un
modèle tous les 7 ans !
1954 : le M3 marque un tournant. Avec 3
focales et une monture à baïonnette, on aborde le système
Leica qui a un grand succès.
Toujours télémétrique
avec cellule (leicameter) en option, son chargement n’est pas des plus
rapides.
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Ensuite, jusqu’en 2002, Leica décline
le M3 dans différentes versions.
Au rythme “infernal” d’un modèle
tous les sept ans !
M2, premier retour arrière, M4,
M5, M6, M6 TTL (through the lens) et pour finir, ou presque, le M7 qui
affiche la priorité à l’ouverture, et, pour la première
fois l’ajout d’électronique pour assurer une mesure de lumière
constante et le mouvement (silencieux toujours) du rideau, le rendant par
là dépendant de batteries (3400 € sans objectifs !).
Récemment, est sorti le M4P, qui pour un prix plus élevé
offre une technologie des années 50 ! … Mais qui ne déparera
pas sur les sièges cuirs des luxueux 4x4. |
Une mention particulière pour le
Leica CL lancé en 1976, en coproduction avec Minolta. De l’aveu
même d’un des journalistes participants, le succès de sa campagne
de presse, tient pour beaucoup au voyage de tests organisé en Inde
pendant dix jours... Compact et doté de deux optiques tous terrains,
le CL vise le plus grand nombre.
Mais hélas le prix n’est pas en
rapport. C’est ce modèle qui a permis de faire une des photos les
plus répandues en France.
Celle, officielle, d’un Président
de la République, par Jacques Henri Lartigue. |
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Pour 2004, Leica annonce la sortie du dos
numérique (10 méga pixels) interchangeable pour son reflex
R9 argentique. Une première mondiale dont le prix n’est pas dévoilé.
Robuste, facile à utiliser, durable
et longuement pensé !
Tous ces modèles, en particulier
les M3 et M5, étaient destinés à la photographie instantanée
et/ou émotive.
“Avec un Leica, vous n’avez pas à
penser à la technique mais à ce que vous avez à photographier
“ disait la pub. Et je dois dire que c’est vrai.
Pas d’autofocus bruyant qui vous oblige
à reprendre plusieurs fois le cadrage avant d’appuyer. Pas de multiples
boutons devant dessus pour la programmation sur lesquels ont appuie par
inadvertance et qui génèrent des messages d’erreur en abrégé,
et en anglais, vous imposant de vous promener avec la notice si, comme
la mienne, votre mémoire n’est plus ce qu’elle était.
De nombreux photoreporters l’ont tout
naturellement adopté.
Si Doisneau préférait le
Rolleiflex, Cartier Bresson utilisait un Leica parce qu’on ne porte pas
son oeil sur son ventre... Jeanloup Sieff disait du M5 qu’il avait la robustesse
indestructible d’une Jeep et le charme indémodable d’une Aston Martin.
Robustes en effet ces bêtes là,
j’ai pu le vérifier . C’est normal, c’est “ Made in Germany ” me
direz vous !
Erreur, ça l’est de moins en moins,
figurez vous, malgré l’estampille toujours présente, la fabrication
se faisant aujourd’hui au Canada, Japon, Portugal, et pour bientôt
Suède et Kodak USA !
Des prix élitistes mais rien
n’interdit d’acheter d’occasion
Le prix, c’est justement ce qui handicape
Leica à l’époque des fast food, du tout jetable et des RTT.
C’est à dire à l’opposé de sa stratégie du
“durable” et du “longuement pensé”.
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Quelques exemples :
Un M7, boîtier nu coûte 3400
euros .
La gamme d’objectifs est étendue
mais voyez plutôt :
Summilux,1,4/35mm asphérique (quand
même) 3128 euros !
A ce niveau là, ce n’est plus de
l’amour pour une danseuse, c’est de la rage. Et mieux vaut la faire accompagner
d’un body guard quand elle sort ! |
Du coup, beaucoup se tournent vers le marché
de l’occasion. Ce qui plombe un peu plus les espoirs commerciaux de Leica.
Je ne saurais trop, à ce sujet,
vous conseiller la visite du site de Tom R.Halfhill, qui fourmille de conseils
frappés au coin du bon sens mais en anglais. Lire “leicas for users
“ ou sa version “revisited” toujours d’actualité. (http://www.halfhill.com/archive.html)
Enfin, on peut aussi se “rabattre” sur
une autre marque qui n’a pas à rougir de sa production. Il s’agit
de Voïgtlander, le fabricant autrichien d’appareils photo.
Ainsi vous ne serez pas dépaysés.
Ce fabriquant propose un boîtier, le Bessa R2, dont les possibilités
de réglages confinent tout autant à l’ascèse que chez
Leica. Télémétrique et silencieux, il semble être
fait lui aussi pour l’instantané. D’ailleurs, les photoreporters
l’aiment bien :-)))))
Pour 999 euros, il est à vous.
Il faudrait alors y fixer le tout dernier Nokton, un 35 mm ouvrant à
1,4, consacré “objectif le plus lumineux du monde” par le prestigieux
magazine allemand Fotomagazin.
Son prix est plus raisonnable: 1880 euros.
Mais c’est pour la vie et il est adaptable sur les Leica M.
On peut les découvrir sur Voigtlander.com,
site à peine un peu moins triste que celui de Leica mais toujours
anglo allemand.
Pierre MASLARD
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