Tous deux nés en Allemagne dans les seventies,
Tangerine Dream et Kraftwerk sont unanimement reconnus aujourd'hui comme
des précurseurs. Car mes deux groupes fétiches étaient
à l'avant-garde dans l'utilisation des technologies modernes.
Si quelque chose les rapproche, c'est bien cet
intérêt passionné pour les nouvelles technologies :
après les instruments acoustiques et électriques du début,
les deux groupes deviendront de plus en plus "synthétiques" pour
finir à 100% électroniques.
Musique et technologie font bon
ménage
Leur éducation musicale, faite pour tous
dans de classiques écoles des Beaux-Arts (Kunstakademie), devait
sans doute être remarquablement ouverte sur la nouveauté.
Kraftwerk par exemple a suivi voire devancé
avidemment l'évolution des technologies : Ralf et Florian se définissent
eux-mêmes comme "ouverts en permanence au changement, branchés
sur le futur".
Dès leurs débuts, non satisfaits
des instruments existants, ils se faisaient construire sur-mesure "des
claviers avec des boutons, des systèmes de percussion, des boítes
à rythmes, un vocoder … par Sennheiser ou Siemens".
Quand est arrivé le son numérique,
Kraftwerk a passé plusieurs années à enregistrer "tous
le sons de Kraftwerk en numérique sur disque dur".
Fiers aujourd'hui de posséder une "collection
de voix synthétiques, féminines par exemple, obtenues en
collaboration avec un ingénieur qui travaille dans la recherche
vocale", Ralf et Florian trouve "fantastique" cette évolution de
la technologie qui leur permet de "se concentrer sur la musique".
Florian : "Nous aimons aussi la nature mais sans
pouvoir dire si la technologie est meilleure ou pire que la nature". |
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Pour Tangerine Dream, après un premier
album entièrement expérimental conçu avec les moyens
du bord (calculateur, barre de fer …), les suivants utiliseront, dès
1971, tous les instruments électroniques existants (synthétiseurs,
phaseurs et autres séquenceurs) au fur et à mesure
de leur invention. |
Des musiques à "concepts"
Kraftwerk sur scène
: artistes multimédias
autant que musiciens |
Kraftwerk est attaché à quelques
concepts, en particulier celui de "Totalmusik" : "notre musique est très
visuelle. Nous travaillons les images avec d'autres artistes, nous nous
intéressons aux images par ordinateur, au graphisme... En
Allemagne, on appelle ça "Gesammtkunstwerk" (Art Global)."
Comme le résume Ralf : "sur scène,
nous jouons des mixers, des magnétophones, des phasers, des lumières,
des vidéos et de l'atmosphère" |
Autre concept qui leur plait : l'idée de
"jouer dans plusieurs villes à la fois", ce qui est possible grâce
à l'utilisation de robots pour remplacer les musiciens.
- "Nous avons quatre robots, et un robot de rechange.
Il en faudrait plus. Nous pourrions aussi faire le spectacle en hologramme..."
Tangerine Dream est le fruit des recherches
de son leader Edgar Froese, très inspiré des pionniers de
la musique électro-acoustique (dont Stochhausen et Karl Heinz) :
une musique très improvisée, ne reposant sur aucune structure
ni codification musicale, faite de longues plages sonores.
Car l'idée d'Edgar Froese, dès le
début, était de "traduire en musique les arts visuels".
Pas si facile de trouver des musiciens qui comprennent
ce concept, tout à fait hors des courants musicaux de l'époque.
Jusqu'à ce qu'il rencontre en particulier Konrad Schnitzler, alors
étudiant avec l'artiste d'avant-garde Joseph Beuys.
Leur premier album, "Electronic Meditation", devait,
dans l'esprit de Froese, être un "journal musical dans lequel on
mettrait les bons et les mauvais morceaux aussi bien que les improvisations".
Ce qui sera fait en 1969, dans un loft de Kreuzberg (Berlin).
Ensuite, il faudra toute la ténacité
d'Edgar Froese pour trouver une maison de disques à cette musique
si peu commerciale. |
Tangerine Dream sur scène |
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Inspiration "industrielle"
Kraftwerk souhaitait "inventer une musique
électronique populaire, industrielle (Electronischevolksmusik, Industriellevolksmusik).
Non pas "cosmique" car nous sommes très terrestres, quotidiens,
organiques : nous empruntons les trains, les autoroutes … Nous sommes
des travailleurs musicaux. C'est la vie quotidienne qui est notre source
d'influences"
Florian : "nous allons au cinéma, nous
roulons sur l'autoroute … Nous écoutons les sons, les arbres, un
avion qui passe, la rue, comme si c'était une symphonie !"
FC (avec David Korn, Saul Smaizys, Dankmar Isleib) |
Sources : interview pour Keyboard, David Korn,1992; pour Triad Magazine,
Saul Smaizys, 1975; pour Musik Express, Dankmar Isleib, 1981 |