LA RUBRIQUE DE FLORENCE
 

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Pourquoi Tangerine Dream, pourquoi Kraftwerk ?
Pour des raisons entièrement subjectives : parce que c'est la musique que j'aime et que j'écoute très souvent. Une musique qui m'accompagne dans ma vie quotidienne.
Comment partir en voyage au volant de sa voiture sans écouter "Autobahn" ? Je l'ai fait souvent …
Quant à Tangerine Dream, je ne peux pas m'en passer : pour plâner, décoller de temps en temps de ce monde trop brutal … pour s'aérer le cerveau, ou simplement pour soigner un mal de crâne (ça marche !)
J'ai voulu en savoir plus sur mes groupes fétiches - qui, comme par hasard, sont tous les deux germaniques ! (photos : DR)

 
Tous deux nés en Allemagne dans les seventies, Tangerine Dream et Kraftwerk sont unanimement reconnus aujourd'hui comme des précurseurs. Car mes deux groupes fétiches étaient à l'avant-garde dans l'utilisation des technologies modernes.
Si quelque chose les rapproche, c'est bien cet intérêt passionné pour les nouvelles technologies : après les instruments acoustiques et électriques du début, les deux groupes deviendront de plus en plus "synthétiques" pour finir à 100% électroniques.

Musique et technologie font bon ménage

Leur éducation musicale, faite pour tous dans de classiques écoles des Beaux-Arts (Kunstakademie), devait sans doute être remarquablement ouverte sur la nouveauté.

Kraftwerk par exemple a suivi voire devancé avidemment l'évolution des technologies : Ralf et Florian se définissent eux-mêmes comme "ouverts en permanence au changement, branchés sur le futur".
Dès leurs débuts, non satisfaits des instruments existants, ils se faisaient construire sur-mesure "des claviers avec des boutons, des systèmes de percussion, des boítes à rythmes, un vocoder … par Sennheiser ou Siemens".
 
Quand est arrivé le son numérique, Kraftwerk a passé plusieurs années à enregistrer "tous le sons de Kraftwerk en numérique sur disque dur".
Fiers aujourd'hui de posséder une "collection de voix synthétiques, féminines par exemple, obtenues en collaboration avec un ingénieur qui travaille dans la recherche vocale", Ralf et Florian trouve "fantastique" cette évolution de la technologie qui leur permet de "se concentrer sur la musique".
Florian : "Nous aimons aussi la nature mais sans pouvoir dire si la technologie est meilleure ou pire que la nature".

 
Pour Tangerine Dream, après un premier album entièrement expérimental conçu avec les moyens du bord (calculateur, barre de fer …), les suivants utiliseront, dès 1971, tous les instruments électroniques existants (synthétiseurs, phaseurs et  autres séquenceurs) au fur et à mesure de leur invention.

Des musiques à "concepts"
 

         Kraftwerk sur scène : artistes multimédias 
                  autant que musiciens
Kraftwerk est attaché à quelques concepts, en particulier celui de "Totalmusik" : "notre musique est très visuelle. Nous travaillons les images avec d'autres artistes, nous nous intéressons aux images par  ordinateur, au graphisme... En Allemagne, on appelle ça "Gesammtkunstwerk" (Art Global)."
Comme le résume Ralf : "sur scène, nous jouons des mixers, des magnétophones, des phasers, des lumières, des vidéos et de l'atmosphère"

Autre concept qui leur plait : l'idée de "jouer dans plusieurs villes à la fois", ce qui est possible grâce à l'utilisation de robots pour remplacer les musiciens.
- "Nous avons quatre robots, et un robot de rechange. Il en faudrait plus. Nous pourrions aussi faire le spectacle en hologramme..."
 
 
Tangerine Dream est le fruit des recherches de son leader Edgar Froese, très inspiré des pionniers de la musique électro-acoustique (dont Stochhausen et Karl Heinz) : une musique très improvisée, ne reposant sur aucune structure ni codification musicale, faite de longues plages sonores.
Car l'idée d'Edgar Froese, dès le début, était de "traduire en musique les arts visuels".
Pas si facile de trouver des musiciens qui comprennent ce concept, tout à fait hors des courants musicaux de l'époque. Jusqu'à ce qu'il rencontre en particulier Konrad Schnitzler, alors étudiant avec l'artiste d'avant-garde Joseph Beuys.
Leur premier album, "Electronic Meditation", devait, dans l'esprit de Froese, être un "journal musical dans lequel on mettrait les bons et les mauvais morceaux aussi bien que les improvisations". Ce qui sera fait en 1969, dans un loft de Kreuzberg (Berlin).
Ensuite, il faudra toute la ténacité d'Edgar Froese pour trouver une maison de disques à cette musique si peu commerciale.

               Tangerine Dream sur scène

 
Inspiration "industrielle"

Kraftwerk souhaitait "inventer une musique électronique populaire, industrielle (Electronischevolksmusik, Industriellevolksmusik). Non pas "cosmique" car nous sommes très terrestres, quotidiens, organiques : nous empruntons les  trains, les autoroutes … Nous sommes des travailleurs musicaux. C'est la vie quotidienne qui est notre source d'influences"
Florian : "nous allons au cinéma, nous roulons sur l'autoroute … Nous écoutons les sons, les arbres, un avion qui passe, la rue, comme si c'était une symphonie !"
    
         FC (avec David Korn, Saul Smaizys, Dankmar Isleib)

Sources : interview pour Keyboard, David Korn,1992; pour Triad Magazine, Saul Smaizys, 1975; pour Musik Express, Dankmar Isleib, 1981

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