FICHE DE LECTURE
 

L'invention de l'Europe, par Emmanuel Todd (Seuil, 1990)

Où l'on voit que  la France connait plutôt les familles de type "nucléaire égalitaire", ses valeurs fondamentales étant "liberté-égalité", son socialisme prenant une forme d'anarcho-socialisme, et son nationalisme, celle d'un "libéral-militarisme".
Alors que l'Allemagne préfère les familles de type "souche", ses valeurs fondamentales étant "autorité-inégalité", son socialisme prenant une forme de social-démocratie, et son nationalisme, celle de l'ethnocentrisme (exemple du nazisme).

 


 

Le propos de l’auteur est de montrer que l’image que l’Europe se donne d’elle-même sur le plan politique est fausse et à un certain point dangereuse car elle ne tient pas assez compte d’une diversité extrême héritée de l’histoire. 

Emmanuel Todd explique le soubassement anthropologique de l’Europe en étudiant les structures familiales :

• 1 - La relation parents-enfants, qui peut prendre deux formes : autorité ou liberalité. 

• 2 - La relation entre frères et sœurs, qui peut également être égalitaire ou hiérarchique

Ce qui définit quatre types de familles : famille nucléaire égalitaire, famille souche, famille nucléaire absolue et famille communautaire.

On repère les relations autoritaires par le critère des personnes présentes sous le même toit (trois générations et un lignage, ou bien avec l’ensemble des frères et sœurs mariés, ou non) 

Et les relations libérales par le critère des systèmes d’héritage (partage égal entre les enfants ou droits d'ainesse).

L’Europe des Quinze se caractérise par la rareté de la famille communautaire et par la présence d’une famille souche incomplète dont les statuts officiels sont égalitaires sans que ce trait soit respecté dans la pratique.

Le protestantisme, se fondant sur la contradiction entre une métaphysique terrestre égalitaire et libérale et une métaphysique céleste inégalitaire et autoritaire - et le . Le catholicisme se caractérisant par la contradiction inverse - la Réforme a donc trouvé son terreau en zone de famille souche, aidée par le fort degré d’alphabétisation et la distance à Rome et au centre de l’Allemagne. 
La Contre-Réforme s’est au contraire développée dans le centre du Bassin parisien avec le plus de force.

A chaque type familial correspond un type d'idéologie :

• Pour la famille de type nucléaire égalitaire, les valeurs fondamentales sont "liberté-égalité", le socialisme prend une forme d'anarcho-socialisme, le nationalisme de "libéral-militarisme" (FRANCE ?)

• Pour la famille de type souche, les valeurs fondamentales sont  "autorité-inégalité", le socialisme prend une forme de social-démocratie, le nationalisme d'ethnocentrisme (nazisme) (ALLEMAGNE ?)

• Pour la famille communautaire, les valeurs fondamentales sont autorité-égalité, le socialisme prend la forme du communisme et le nationalisme, celle du fascisme

• Pour la famille nucléaire absolue, la valeur fondamentale est la liberté, le socialisme prend la forme du travaillisme et le nationalisme du libéral-isolationnisme

La persistance des valeurs familiales est nette, même dans le cadre urbanisé de l’Europe contemporaine. On peut l’observer nettement dans l’approche de la nationalité en France, en Allemagne et en Angleterre. 
En France, l’assimilation dans le «creuset français » est une nécessité. Le libéralisme anglo-saxon conduit à ne considérer que les individus (donc pas les communautés qui s’organisent par elles-mêmes) et l’indifférence à l’égalitarisme conduit à la notion de «respect de la différence» qui domine en Angleterre. 
En Allemagne enfin, un chiffre indique l’attitude prise : 95% des enfants d’étrangers nés en Allemagne demeurent de nationalité étrangère. 

La question essentielle pour l’Europe des Quinze : l’Europe sera universaliste ou bien ethnocentrique ?
 

En savoir plus sur : http://www.reynier.com/Anthro/Culture/Europe.html (où vous trouverez une "fiche de lecture" détaillée de l'ouvrage) 

• En savoir plus sur Emmanuel TODD, historien, sociologue : http://www.herodote.net/personneTodd.htm

 


 
 
Revenir lire le n° 11 Revenir sur Germania Magazine